L’évidence semble couler de source, comme si elle était toujours là, sous nos yeux… Une sorte de présence familière.
Le terme “évidence” vient du latin evidentia, qui signifie “ce qui est visible de manière claire”. L’évidence serait donc une question de lumière : ce qui s’impose à nous comme une vérité indiscutable, une réalité qui ne nécessite pas d’explication.
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En ce qui nous concerne – je parle ici de notre activité autour des souvenirs – nous avons, je crois, réussi à démontrer une chose essentielle : l’être humain fabrique des souvenirs en permanence. Il les enregistre de manière quasi automatique, il les classe, les range, et les conserve… plus ou moins bien.

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Nous avons aussi observé que ce sont nos cinq sens qui, en amont, déclenchent l’apparition d’un souvenir. On va voir quelque chose de fabuleux, sentir un parfum envoûtant, goûter un plat inoubliable, toucher une texture unique ou entendre un son inédit… Le souvenir se crée alors par une alchimie cérébrale subtile. Et au cœur de cette mécanique mystérieuse, il y a peut-être ce que l’on appelle l’évidence.
C’est évident.
Mais que se cache-t-il derrière cette certitude ?

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Quand l’évidence prend racine dans la mémoire
Un souvenir, ce n’est pas qu’une image ou une pensée : c’est un moment qui a su s’imposer. Il a traversé nos filtres sensoriels, émotionnels, contextuels… et il a marqué un point d’ancrage.
Et parfois, ce point d’ancrage, c’est l’évidence même. Celle qui ne demande pas d’explication, pas de justification. “C’était sûr. Ce moment allait compter.”
En neurosciences, on parle de “reconnaissance” ou de “valeur affective immédiate”.
Dans le langage courant, on dit simplement :
“C’était évident.”
“Je m’en souviendrai toujours.”
“C’était le bon moment, le bon endroit, la bonne personne.”
L’évidence, ce n’est pas le hasard
On pourrait croire que l’évidence est le fruit du hasard, une forme de chance ou de hasard heureux. Mais en réalité, elle repose souvent sur une construction invisible : des expériences passées, des émotions refoulées, des désirs silencieux.
Quand on dit “c’est évident”, ce n’est pas que c’est simple.
C’est que ça fait sens.
L’évidence, c’est le moment où la mémoire, les sens, et l’émotion s’alignent.
Comme un puzzle dont la dernière pièce se met en place, sans forcer.

Et si on capturait cette évidence ?
Comment capturer l’évidence ? Et surtout comment la révéler ?
Ces moments d’évidence, s’ils ne sont pas notés, racontés, partagés, risquent de se dissoudre doucement dans le quotidien. Or ce sont souvent ces moments qui révèlent qui nous sommes, ce que nous ressentons profondément.
Le plat que tu as goûté un jour et qui t’a ramené à l’enfance.
Ce refrain que tu n’oublieras jamais, parce qu’il passait à la radio ce jour-là.
Un regard échangé qui ne laissait place à aucun doute.
Ce choix de vie qui semblait s’imposer, sans effort.
Il faut inscrire ces évidences dans notre histoire. Je vois cela comme une sorte de pochette en carton, classée dans un tiroir de notre mémoire.
– Notre vie est faite d’évènement
– Un évènement est une étincelle temporelle, déclencher par l’un de nos sens, qui provoque un souvenir
– Ce souvenir va s’enrichir par la réflexion mais aussi par les autres avec d’autres photos, d’autres sons, d’autres impressions, une sorte de “Bullet journal”… puis il va se stabiliser
– Nous enfermons tout cela dans une pochette en carton pour le classer.
Cette pochette, c’est l’évidence. Cela devient un point d’ancrage de votre vie.

Quelles sont vos évidences ?
Un souvenir évident. Une sensation évidente. Une rencontre qui ne faisait aucun doute.
Vous l’avez en tête, n’est-ce pas ?
Allez ! Ré-ouvrez une pochette en carton…Qu’importe, choisissez la couleur qui vous plait.
Il faut attraper l’évidence au vol, la préserver, et la transmettre. Parce qu’un jour, cette évidence d’aujourd’hui deviendra un trésor pour demain.
P&P
Quels philosophe ont écrit sur l’évidence :
- Descartes = évidence rationnelle, mathématique.
- Husserl = évidence phénoménologique, vécue.
- Pascal = évidence intuitive, affective. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »
- Bergson = évidence dans l’intuition, le vivant.
Photo de couverture : montage photo personnel
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